La Charte de Climat Social

Nous sommes membres d’Europe Ecologie-Les Verts, des Jeunes Ecologistes ou proches de ces mouvements. Nous militons dans les mouvements syndicaux et associatifs. Nous sommes des citoyen.ne.s engagé.e.s et nous avons la conviction qu’il faut une force politique capable de porter l’écologie et la solidarité au pouvoir dans un cadre démocratique en phase avec la société française dans sa diversité.

Notre héritage est vert, c’est celui de René Dumont et de toutes celles et de tous ceux qui à partir des années 1970 ont fait naître le courant de pensée de l’écologie politique et l’ont transmis dans les esprits et sur les territoires, de génération en génération. Mais aujourd’hui, alors que l’écologie est partout invoquée, dans les discours du gouvernement, dans les magazines et les magasins de la société de consommation, alors que l’écologie est récupérée par ses propres adversaires politiques pour faire vendre ou se faire élire, nous ne nous reconnaissons pas dans cette écologie caméléon qui change de couleur selon son environnement politique, qui ne s’oppose plus, qui ne propose plus, et qui tel Cohn-Bendit avec Macron accompagne et soutient le néo-libéralisme.

Se réjouir que la prise de conscience écologique progresse? Mais cette progression ne fait que suivre le rythme de dégradation des écosystèmes et des sociétés humaines. Accompagner ce mouvement n’a aucun sens pour nous! Il faut une force de rappel, et il faut une force de transformation.

L’objectif de Climat Social que nous fondons aujourd’hui est aussi simple qu’ambitieux: mettre l’écologie politique au pouvoir. Car sans de profonds changements des modes de production et de consommation, sans une nouvelle société plus égale et écologiste capable d’une mobilisation de masse, sans convergence de l’exigence démocratique et de l’exigence climatique, l’élévation du niveau moyen des températures sur terre ne sera pas endiguée et pourrait être supérieure à 2°C à l’horizon 2050. L’humanité est aujourd’hui en danger mortel et entraîne dans sa chute une grande partie du vivant. Passer de la prise de conscience écologique à la prise de décision écologiste est un devoir vital.

Du « Tout peut changer » de Naomi Klein, Climat Social tire la conclusion que tout doit changer, et d’abord pour le ce 1% de la population mondiale que la loi du marché et la dérégulation néo-libérale maintiennent au somment de la pyramide. Tout doit changer pour que l’humanité survive collectivement. Tout doit changer pour que chacun.e puisse bien vivre. Tout doit changer d’abord pour les milliards d’entre nous qui souffrent enchaînés à la misère, à la précarité, au chômage et à la relégation. Sans justice sociale, l’humanité est aujourd’hui écologiquement condamnée. Tout doit changer et il y a des alternatives.

En France, dans un champ politique en ruines et en germes, avec une droite libérale qui gouverne, un FN puissant mais instable, une gauche qui s’est perdue et qui se cherche, un mouvement insoumis encore incertain, quel espace et quel rôle politique voulons-nous occuper, nous écologistes, nous Climat Social ?

Climat Social est une réponse pour toutes celles et ceux qui ne veulent lier l’écologie politique ni au néo-PS de Génération.s ni à la France Insoumise. C’est l’affirmation que l’écologie politique en tant que projet de rupture fondamentale avec le dogme de la croissance est une force autonome qui ne doit plus être un satellite politique d’autres planètes idéologiques.

Les différentes expressions critiques de la croissance en gestation dans la plupart des mouvements politiques classés à gauche sont encore éloignées de notre conception de l’écologie. La croissance, le productivisme et le scientisme forment la vision capitaliste du progrès. Critiquer pour proposer des aménagements à ce système ne changera rien en profondeur: réduire le temps de travail sans réduire les inégalités sociales, un revenu minimum d’existence sans salaire maximum, la taxation des robots sans questionnement de l’automatisation de l’économie, une transition écologique reposant principalement sur l’Etat et la technoscience sont des leurres.

Notre priorité est de décoloniser l’imaginaire collectif de cette vision capitaliste du progrès qui a transformé pour le pire la planète – terre, mer et climat. Elle est de nous émanciper de la croissance qui détruit la diversité du vivant. Elle est de nous libérer du productivisme qui a assigné l’humanité à résidence dans une société de consommation  aliénante.

Avec Climat Social, nous opposons à la technocratie et au scientisme la force de rappel de l’écologie citoyenne pour participer avec le plus grand nombre à un mouvement social, politique et culturel de changement de civilisation.

Pour réussir, nous avons besoin de clarté. Pour être visibles nous devons être lisibles. Loin d’être partout, l’écologie politique risque de se retrouver nulle part si nous ne sommes pas capables d’être un mouvement autonome. Climat Social ne refuse pas l’idée de pouvoir former des coalitions politiques, mais seulement quand les rassemblements ont la cohérence nécessaire, pour les scrutins sans proportionnelle, et toujours pour un projet alternatif à la croissance et au productivisme.

Climat Social s’inscrit dans cette alternative globale, avec au coeur de notre projet les principes suivants:

 

L’autonomie pour construire les résiliences du local au global

Climat Social défend la souveraineté démocratique, alimentaire et énergétique des territoires et des peuples, à partir de l’échelon le plus local possible. Pour les relier au niveau global, nous privilégions les logiques de coopération contre la course à la compétitivité.

Les mégamachines, qu’il s’agisse du grand marché européen ou mondial, des états centralisateurs ou hégémoniques, de la métropolisation et des « global cities », du système énergétique fossile et nucléaire, du complexe agro-chimique et militaro-indudtriel, etc. toutes doivent être déconstruites.

Climat Social veut retrouver le projet de l’écologie de transformation et du « small is beautiful »: circuits courts, économie circulaire, énergies renouvelables, technologies compréhensibles et contrôlables sont les outils pour construire une nouvelle société humaniste reliée au vivant et libérée de la croissance.
Nous voyons aujourd’hui la croissance pour ce qu’elle est: croissance des  inégalités sociales et des déséquilibres des territoires, des écosystèmes et du climat. Climat Social s’oppose à la croissance et propose de prendre les chemins de la résilience dès maintenant.

 

La solidarité pour donner un sens à la société et un avenir à l’humanité

Climat Social veut participer à la constitution d’un mouvement de masse qui représente la diversité sociale et culturelle de notre pays, en mesure d’être solidaire du plus grand nombre: la jeunesse, le monde du travail, les retraité.e.s, les sans emploi, les sans papier, les sans abris, les sportifs, les oisifs, les personnes en situation de handicap ou atteintes dans leur santé, les campagnes, les villes de toutes tailles, les quartiers, aucune réalité humaine ni aucun territoire ne doit être négligé.

La transformation écologique de la société est riche d’emplois nouveaux et de nouvelles solidarités. Elle doit être enclenchée par une politique économique forte et différente: une nouvelle fiscalité incitative, progressive et juste, une étape supplémentaire de la réduction du temps de travail, un revenu minimum digne et un revenu maximum décent.

Climat Social est aussi attaché à la préservation de notre modèle de protection sociale et de redistribution. En France il s’est construit autour de l’administration et des services publics, avec une sécurité sociale pour l’ensemble de la  population. Ni l’égoïsme libéral ni la généreuse idée d’un revenu de base universel ne doivent le remettre en cause.

Sur le plan international, Climat Social est un mouvement non-violent et pacifiste. Nous ne reconnaissons comme forces de l’ordre légitimes que celles chargées de préserver la sécurité collective (police et forces de défenses sans “projections extérieures”). Climat Social souhaite que la France renonce au droit à la guerre et participe au sein des Nations Unies au désarmement nucléaire et conventionnel. Pour Climat Social, la solidarité nationale et internationale est la condition de la justice et de la paix.

 

La diversité pour le respect de formes de vie différentes

Climat Social est hostile à tout monopole: démocraties et terres accaparées, brevetage des semences et du vivant, uniformisation mortifère des modes de vie.
Politiquement engagé, Climat Social constate d’abord que le pouvoir démocratique est bloqué. Nous voulons une représentation démocratique renouvelée et considérons par exemple que nul ne doit pouvoir être élu.e pour une durée de plus de 20 ans ou exercer plus de trois mandats parlementaires au cours de sa vie (Conseil régional, Assemblée nationale ou Sénat, Parlement  européen).

Nous souhaitons la généralisation de la proportionnelle à toutes les élections, le tirage au sort, les conseils citoyens, et nous pensons qu’il est temps de repenser  l’ensemble de notre démocratie à travers le passage à une sixième République, écologique citoyenne et solidaire.

Climat Social interroge aussi notre positionnement européen. L’idéal fédéraliste est hors d’atteinte à court terme. La réalité des sociétés en Europe n’est pas  aujourd’hui celle d’une grande convergence. Climat Social veut co-construire avec toutes les forces citoyennes européennes des propositions pragmatiques, tenant compte de l’hétérogénéité économique et politique des pays membres de  l’UE et de la zone euro.

D’ores et déjà nous devons envisager des stratégies alternatives. D’abord,  replacer la question de la subsidiarité au coeur des débats : l’échelon européen  est utile quand il y a du mutuel (énergie, climat, accueil des réfugié.e.s, échanges scolaires et académiques) mais il est toxique quand il est vecteur de concurrence économique et sociale. Pour Climat Social, il est essentiel de raisonner au cas par  cas. À chaque politique son échelle d’action pertinente, ce qui peut par exemple amener à des bionationalisations ou biorégionalisations, c’est à dire le retour ou le transfert de certaines compétences aujourd’hui européennes à l’échelle nationale ou régionale pour des raisons écologiques.

Climat Social pose aussi la question de la désobéissance à certains traités purement idéologiques, sans efficacité économique et aux conséquences sociales désastreuses, notamment en matière de finances publiques ou de privatisation  des services publics.

Nous pensons que le respect de la diversité doit être la règle et non pas regardé comme un obstacle à l’unification. La diversité existe dans notre pays, en Europe, dans le monde humain et non humain.

Pour Climat Social, l’unité n’a de valeur que dans la diversité, des cultures, des genres, des espèces, de la vie humaine et non-humaine en général. Le racisme, le le machisme, le spécisme, le scientisme et toutes les visions réductionnistes et dominatrices du monde doivent être combattues. C’est pourquoi aussi nous ne sommes pas un mouvement universaliste. Le monde occidental et soi disant
moderne n’a pas le monopole de la vérité.

Voilà Climat Social à grands traits. Par l’autonomie menant à la résilience, par la solidarité permettant la justice, par la mise en valeur de la diversité humaine et du vivant, nous poursuivons le chemin de l’écologie politique et voulons qu’il soit ouvert au plus grand nombre.